Campagne contre le harcèlement sexuel des femmes

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Pendant près d’un mois courant mars les réseaux franciliens ont lancés une campagne contre le harcèlement sexuel. Bien mais peut mieux faire ! Telle pourrait être la leçon de l’avis rendu par le jury de la déontologie publicitaire[1] le 13 avril 2018 sur la campagne menée par les représentants de la mobilité francilienne[2].

En effet, depuis quelques années la pratique publicitaire a souplement intégré par la voie de la soft Law[3] les préoccupations environnementales. Le jury dont le rôle est de se prononcer sur les publicités susceptibles de contrevenir aux règles de déontologie a considéré que les images montrant un loup, un ours et un requin menaçant une femme accrochée à une bar verticale comme il s’en trouve dans les transports en commun, étaient de nature à générer une crainte irrationnelle, infondée et en contradiction avec les objectifs de protection des espèces menacées et de développement durable de notre société[4].

Quand la publicité dessert l’environnement, elle peut aussi desservir par effet la cause des femmes. La campagne qui ne voulait pas « minimiser » le harcèlement sexuel en est sans doute l’illustration.

A la vue des affiches on comprend la métaphore sous tendue faisant appel à l’imaginaire collectif. L’utilisation d’un décor sombre, inquiétant et la symbolique des trois espèces permet de représenter le harceleur, de façon claire et neutre sans pour autant stigmatiser une certaine partie de la population.

Seulement les diverses études scientifiques et données circonstanciées montrent que les animaux sauvages érigés en prédateurs sexuels sont toutes des espèces menacées, qui ne sont pas des prédateurs pour l’homme, et encore moins des prédateurs sexuels. A l’heure de la sixième extinction de masse de la biodiversité, ce choix de nature à entretenir des craintes irrationnelles et infondées était sans doute mal venu.

On peut se demander si la représentation allégorique n’est pas aussi de nature à desservir la défense des femmes. Une autre lecture envoie inconsciemment un tout autre message : si le prédateur est « naturel », la prédation sexuelle peut être par une mauvaise interprétation considérée comme naturelle, ressortant des intemporelles « lois de la nature ». In fine le message indirect porté par la présentation visuelle peut maladroitement minimiser et banaliser la violence de ces comportements.

87% des femmes déclarent avoir été victime de harcèlement sexuel dans les transports en commun en île de France. Est-ce que montrer la réalité de la situation a nécessairement pour effet de rendre systématique la stigmatisation de la gente masculine ?

Au Royaume Uni une scène explicite de harcèlement dans les transports a été utilisé dans le cadre d’une campagne contre le harcèlement sexuel baptisée « Report it »[5]. Il semble que cette représentation non édulcorée tout aussi légitime a su montrer le courage d’une critique à la hauteur de la cause sans pour autant blâmer l’homme parce qu’il est homme. Ce sont bien les prédateurs sexuels que l’on stigmatise et non pas les hommes.

Si l’intention était bonne pour Ile de France mobilité, il se peut parfois que, quand la publicité dessert l’environnement par effet, elle dessert aussi la cause des femmes.

 

SOURCES :

[1] https://www.jdp-pub.org/

[2]Ile-de-France Mobilités, la société Havas, la SNCF, la RATP et la société Métrobus.

[3] Dit aussi le « droit mou » ensemble de règle de droit non obligatoires qui se contente de conseiller, recommander sans poser d’obligation juridiquement sanctionnée. Le jury de la déontologie publicitaire rend de simple avis et ne possède pas de pouvoir de sanction.

[4] Le jury a considéré que les visuels étaient contraires aux dispositions 9.1g) de la recommandation développement durable de l’ARPP et article 1 et 4 du code de la Chambre de Commerce Internationale sur les pratiques de publicité et de communication commerciale.

[5]https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/campagne-contre-le-harcelement-sexuel-dans-le-metro-une-vision-politiquement-correcte-selon-une-sociologue_2643496.html

 

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